2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

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2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

Message par Arya le Dim 22 Nov - 0:28

A travers la baie vitrée de la salle logistique, souvent je contemplais le désert de sables rouges s'étendre au loin et s'animer par un souffle de souvenir et de sapience, de dunes mouvantes en vagues ocres, aux mille et une directions, toutes plus disertes les-unes que les-autres. L'insaisissable courant aux chorégraphies terreuses s'épanchait continuellement, rien ne pouvait soumettre son Chant.
Par moment, comme par réflexe, je me laissais emporter par quelques adages de légèreté, tentant de reproduire plus ou moins gracieusement certaines figures se déroulant devant mes yeux. Chaque vent possédait sa propre partition ésotérique, mais aussi ses propres flux, sa propre force, sa densité, ses variations et nuances caractéristiques, et je me passionnais depuis des mois à les répertorier, à les apprendre, à m'évertuer à les assimiler... à déceler l'harmonie dans chaque pas, dans chaque posture ou mouvement...

Rien n'est plus grisant que de percevoir l'accord entre le geste et la tessiture, de se fondre dans l'air pour se laisser porter jusqu'à ce que l'instinct se substitue au regard et que le vent se mêle directement à l'âme. De tels instants de grâce sont si rares, et le chemin jusqu'à eux long et si périlleux, surtout quand la Rouge puise dans les plus douloureux et ténébreux éclats de sa mémoire...

Les alizés et les balaguères dans cette perspective se présentaient d'ailleurs la plupart du temps comme les plus idéals des partenaires pour minimiser les écueils malheureux. Même si je devais toutefois déplorer quelques stigmates de malencontreuses expériences, m'enseignant aussi à mes dépens à ne jamais relâcher ma vigilance, à rester constamment sur le qui-vive, l'erreur ne pardonnant que très rarement si loin du berceau de l'humanité... La paranoïa, en définitive, est aussi une sorte d'harmonie, ironisai-je pour moi-même...

Mais l'épreuve qui m'attendait s'annonçait tout autre.
Je gardais déjà sur mes reins une vilaine cicatrice de ma rencontre avec un williwan particulièrement virulent et elle nourrissait dans mon esprit une certaine crainte. Il faut dire que ce type de vent trouve ses origines dans des conditions catabatiques et des précautions adéquates ne sont jamais à négliger.

Je ne sais pas ce qu'il me prit ce jour-là... Il fallait que je fasse la rencontre de l'Hydre de Lerne... comme une irrépressible attirance, une adrénaline qui vous prend soudain et que rien ne peut endiguer. Le calme apparent de son souffle m'avait sûrement mise un peu trop en confiance... les rumeurs sont néanmoins bien fondées.
Il n'a effectivement pas la violence de ses cousins la Dureté Ferroviaire ou la Mort Froide, mais son relent vous lèche insidieusement, l'air de rien, et ronge le scaphandre jusqu'à la peau. Ce genre de morsure fétide n'a rien de comparable avec celle du froid intense des Dures Branches de Yaxche qui sonne probablement pourtant comme un avertissement et comme l'antichambre glaciale de cette classe de vents. Tout comme le Manducateur d'ailleurs, et plus encore même, dont les murmures semblent constamment annoncer d'innommables horreurs...

Le Chant porté par les williwans est loin d'être anodin... il est chargé de souffrance, d'une douleur propre à chacun d'eux. Et celui avec lequel j'avais rendez-vous aujourd'hui en diffusait une si particulière aux yeux de la tribu... un souvenir ancré à l'âme.
Et il était d'autant plus symbolique pour moi que d'après ses mémoires, ma mère se sentait responsable de ce qui s'était passé là-bas...


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Re: 2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

Message par Arya le Dim 22 Nov - 0:29

- Zone Arctica -

Inti flirtait déjà avec l'horizon... la poussière sablonneuse captait dans de subtils reflets crémeux sa lumière vacillante tandis que les étoiles transperçaient doucement et patiemment le firmament...
L'heure approchait.

J'avais beau être la fille d'une ancienne Nomade, je n'avais pas ce talent comme mes frères pour le pilotage... Une véritable gageure pour une enfant de la tribu, le baroudage n'était clairement pas ma liqueur des sables. Peut-être mon sang bouillonnant de Furie se rebellait-il contre tout confinement...
Je n'aimais pas me retrouver enfermée dans cette carlingue d'une époque improbable. Je rêvais d'un autre genre de liberté, d'être un jour assez forte pour rencontrer la Rouge sans artifice, de danser sur le Chant des Dunes enfin affranchie de mon scaphandre. Je rêvais de sentir sa voix tutoyer ma peau et de laisser mes cheveux voguer de tous leurs ambages... Oh oui, je rêvais...

Il était surtout temps de me mettre en route. Deux heures de trajet jusqu'à Teruzena indiquait le tableau de bord, et je ne pouvais me permettre d'être en retard, le Froid Regard ne m'attendrait pas...
A défaut de la liberté que j'escomptais plus que tout, il fallait déjà me contenter de celle que m'offrait le betrayal. Puis qui sait, peut-être qu'à force je m'y habituerais... Après tout, je l'avais dans les gênes, parait-il...

Fermement installée dans le cockpit, j'enclenchai d'un simple mouvement la turbine tout en jetant un œil bienveillant sur le corps d'Aristo soigneusement sanglé à mes côtés, son crâne sécurisé par un simple casque de marsball fixé sur son heaume.
Je souriais avec une tendre affection, effaçant d'un geste attentionné quelques impuretés de sa visière. J'attendais peut-être un miracle, veillant songeuse depuis quelques jours maintenant sur sa dépouille...

Le soleil avait littéralement disparu sous un voile de poussière de jarosite et de sulfate de fer. La température, quant à elle, chuta sévèrement pour se stabiliser à -121°C.
Un harmattan très vicieux commençait à s'étendre sur la plaine. La Toux d'Ah Ciliz n'a pas la violence du Brouillard de Pierre, mais peut dans ses quintes les plus habitées atteindre celle du Simulacrum, et même s'approcher d'une esquisse de Zéphyr au Crâne Grisâtre, il fallait se montrer des plus vigilante et très prudente.
Au début, on peut souvent confondre ce vent avec un Crachin Granuleux un peu froid et agité, mais très vite on se rend compte qu'il n'en est rien... Le nuage, beaucoup moins chargé en particules sableuses, rend néanmoins la luminosité bien plus sombre, tandis que son souffle frigorifique devient progressivement très oppressant... La turbine n'apprécie vraiment guère ce genre de traitement.

Conduire n'était pas mon truc, et il me fallait une concentration de tous les instants, ce cousin de la Parole Sableuse était susceptible de me faire louper mon rendez-vous. On n'y voyait même pas à dix mètres, et cela m'incitait à ralentir considérablement, d'autant que j'entendais l'hélice souffreteuse de mon véhicule me supplier d'abréger son calvaire... Il n'en était toutefois pas question.
La sueur perlait abondamment sur mon front. Foutue machine ! Un véritable cercueil motorisé... J'aurais bien volontiers, si j'avais pu, laissé sur place mon engin pour aller danser avec cet harmattan si froid et inquiétant, maladif dans sa substance, afin d'en trouver l'harmonie - cette ténébreuse tessiture mettant mal à l'aise même les plus aguerris d'entre-nous... Et percevoir, malgré l'appréhension, l'Enfer ainsi gronder sous mes pas indolents de légèreté...

Obsédée que j'étais par la piste à suivre, les obstacles à contourner et le spectacle ébouriffant qui s'offrait à moi, je ne vis pas le temps passer... Le voile de sable s'étiolait enfin et j'allais pouvoir accélérer à nouveau. J'étais relativement dans les temps, prendre une certaine marge avait été une judicieuse initiative.

La visibilité, malgré le jour qui déclinait fortement, devenait à mesure que je roulais de plus en plus nette. Tout doucement le Porteur d'Espoir se levait et susurrait son écho bienfaiteur sur l'immense plaine...
Tous feux allumés, je fendais les dunes par un désormais clément -31°C...
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Re: 2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

Message par Arya le Dim 22 Nov - 0:31

- Zone Teruzena -

J'avais laborieusement parcouru plus de 340 kilomètres quand le balaguère de l'espérance commençait à tirer sa révérence, laissant comme toujours dans son sillage cette amère impression d'inachevé. Il se dissipait inexorablement, et cédait lentement la place à une âcreté très caractéristique rappelant explicitement le métal fondu.
Le williwan de la Stèle 37 s'annonçait bien prématurément.

La proximité du monument en était sans aucun doute la raison. Je l'apercevais d'ailleurs se dessiner telle une ombre fragile et se dévoiler à mesure que je m'en approchais.
Ne voulant stationner mon betrayal trop près, je coupai le moteur et mis prudemment pied-à-terre. La température paraissait sensiblement stable tandis que l'odeur persistante de fer chaud devenait de plus en plus prégnante... Jamais auparavant je ne l'avais ressenti aussi marquée et, si loin de mon bunker, j'espérais surtout ne pas avoir été trop téméraire. En théorie, les filtres de mon scaphandre étaient censés me rassurer, mais l'irritation diffuse que je percevais déjà au niveau des bronches suscitait malgré tout en moi une sorte d'inquiétude latente.

Tant bien que mal, j'essayais cependant de ne pas trop y prêter attention et, alors que je m'affairais avec grande précaution à extraire le corps inerte d'Aristo, un tintement cristallin m'interpela très vite... Intriguée, je tendais attentivement l'oreille à cette étrange musique. J'étais si curieuse d'entendre enfin pour la première fois ce fameux carillon que le mythe évoquait. Et il n'avait rien d'une légende.
Émerveillée, j'écoutais comme de multiples objets métalliques frémir les-uns contre les-autres et envoûter le souffle de l'air d'une atmosphère aussi féerique qu'angoissante. Littéralement mystique !
Il était véritablement étonnant de pouvoir penser que de toutes les partitions du Chant des Dunes seul ce williwan était capable de produire ce type de phénomène.

Au seuil de l'hypnose, portant mon ami défunt, je me dirigeai d'un pas fébrile vers cette construction atypique qui évoquait depuis longtemps à mon esprit le conflit atavique de mon existence.
Je la voyais enfin en vrai. La Stèle Princière. Faite de bric et de broc, comme je me l'imaginais. Et je pouvais désormais aisément constater de mes propres yeux quelques dégradations notables, cette souillure ineffable inévitablement liée à ce monde. Elle paraissait néanmoins relativement entretenue. La Caste Noire ne devait pas rôder bien loin...

Je me sentais vraiment mal à l'aise. J'avais pourtant à plusieurs reprises éprouvé ce sentiment oppressant, mais je me trouvais à chaque fois sur ma concession. Là, tout était différent... bien plus étouffant et pénétrant. Cette impression d'être sournoisement observée. Sondée jusqu'au tréfonds de mon âme par une présence maléfique.
Ce regard habituellement inconstant prenait, en ce lieu, en cet instant, une dimension insistante et bien plus sévère. Sans détour, il se frayait implacablement un chemin pour épier mon esprit, versant à son passage les larmes aiguisées et glacées d'un cauchemardesque métal figé en pleine fusion.

Tandis que cette douleur lancinante striait consciencieusement mon crâne de l'intérieur, une nausée soudaine amorçait les prémisses d'un vertige bien inhospitalier.
Par précaution, légèrement chancelante, je déposai le plus délicatement possible allongé sur le sol le corps inerte d'Aristo. Et, alors que les insatiables lacérations persévéraient affreusement dans ma tête, je me demandais, non sans une certaine inconscience, si elles pouvaient atteindre son esprit. Un genou à terre, je ne distinguais pourtant aucune buée sur sa visière, ni aucune goutte de sueur... pas un signe... pas un seul mouvement.
Ma naïveté était parfois confondante. Que pouvais-je espérer ? Que ce regard froid et perverti mortellement scindé de la Forge était en mesure de faire fondre la Barrière de Métal ? Il allait plutôt me la faire traverser à ce rythme !

Brusquement, le carillon me vrilla inextricablement les tympans, m'arrachant sans aucun ménagement à mes sinistres atermoiements. Un funeste et strident sifflement ourdissait de très sombres présages et se jouait des derniers lambeaux de ma sérénité.
Posant néanmoins instinctivement ma main gauche sur le sable pour me stabiliser, comme étourdie, je levai péniblement les yeux en direction de la Stèle. Le masque 37 était là, impassible. Il trônait pernicieusement sur un enchevêtrement bigarré, et, à mon grand désarroi, je me voyais dans l'incapacité totale de me soustraire à son regard. Le vent passant par ses orbites évidées paraissait se charger d'une glaciale et vengeresse mémoire à l'affût de la moindre culpabilité.

Quelque chose de terriblement âpre et malsain était à l'œuvre ici.
Et j'avais, semble-t-il, bien trop présumé de mes forces...
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Re: 2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

Message par Arya le Dim 22 Nov - 0:31

Le Froid Regard de la Stèle 37, aussi près de sa source originelle, s'avérait si terrifiant, si insensé... Accablant.
Comme par désespoir, dans un ultime geste salvateur, je plongeai la main droite dans mon sac afin d'en sortir machinalement le masque de cuivre que j'avais emporté. Fallait-il cependant que je le réduise ainsi à la simple condition de bouclier, dussè-t-être celui de mon âme en perdition ?

Aussitôt, cette résurgence maléfique et hautement vindicative qui avait pris possession des lieux darda plus sévèrement encore son attention sur les dichotomies de mon esprit. Je percevais jusqu'à mon karma vaciller aux griffes acérées d'une ancienne soudure froidement tétanisée dans son essence même.
J'éprouvais d'autant plus cette insupportable sensation que ma peau étouffait et souffrait également le martyr. L'odeur de fer chaud imprégnait tous ses pores, tels de vicieux et antiques hameçons suppurant d'une accusatrice obsession.

Je tentais néanmoins dans un effort de tous les diables de me concentrer sur ma respiration, de la maîtriser, comme si je dansais, de faire refluer la tension, la culpabilité... de laisser s'écouler la douleur de mon âme, de la diffuser dans le corps... doucement, dans une osmose troublante... de l'épanouir sans lutter, de l'accompagner et la diluer en la sentant se répandre jusqu'au bout de mes ongles.
Comme de l'acide. Comme un métal déliquescent de perversion convoitant la pureté d'une fusion qu'il n'atteindra jamais.

L'épreuve se révélait bien plus difficile que je ne l'imaginais, bien différente aussi. Je n'avais clairement pas eu l'idée de la Treizaine en venant ici pendant que le williwan qui y trouvait ses origines portait son attention sur la plaine...
Et il fallait à tout prix que je retrouve mon calme car j'allais bientôt manquer d'oxygène... Y songer n'arrangeait d'ailleurs rien à l'affaire.

Cherchant à recouvrer ma sérénité, j'entrelaçais mes doigts avec ceux d'Aristo, le tenant fermement. Il était là, à mes côtés, et je n'allais pas succomber... Non, pas maintenant ! J'étais pourtant si loin de tout, si loin du squat. J'avais fait une erreur tragique en ne prévenant personne. D'habitude, quand je pressentais un risque, j'en informais Hygie, mais là, je n'étais pas préparée à cela. Et il allait falloir jouer très serré.
Mon cœur s'emballait sans discontinuer. Et c'était mauvais. Très mauvais... je restais trop inerte.

M'appuyant sur mon compagnon d'infortune, comme agrippée au Radeau de la Méduse, j'étais en quête des dernières bribes d'humanité subsistant en cet endroit. Péniblement, je parvenais à me hisser sur mes jambes tremblantes, me redressant presque assommée... au bord de l'évanouissement.
Je discernais alors parfaitement le sol se mouvoir sous mes pieds, et l'immorale perception se détourner mystérieusement de ma personne pour y porter son dévolu infâme. Remuant les sables, le Froid Regard fouillait avec application les dunes. Que cherchait-il ? Une voie menant à la Forge peut-être ? Du métal ?

Il fallait que je profite de ce court moment de répit pour me ressaisir.
Malgré l'odeur asphyxiante de métal fondu qui tel un rasoir me raclait la gorge, je m'efforçais d'inspirer calmement et profondément. J'étais persuadée que cette "chose" allait très vite reconsidérer mon cas.

Mes yeux s'arrêtèrent alors sur le masque 37 que je tenais en main. D'innombrables questions affluèrent subitement.
J'étais si jeune, si espiègle parfois, et si traumatisée. J'espérais pouvoir trouver ici un sens à toute cette souffrance, à toutes ces épreuves qui m'avaient rendue si forte et déterminée, comme si la douleur devait être une famille... Mais Xiuhtecuhtli l'entendrait-il seulement ?
Le Feu est lié à l'Air, comme inféodé à son comburant.


Dernière édition par Arya le Jeu 27 Avr - 15:57, édité 1 fois
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Re: 2015/11/19 - Le Froid Regard de la Stèle 37

Message par Arya le Dim 22 Nov - 0:32

Le Chant des Dunes traverse les éons et se pare d'éther, il voyage au-delà de la simple perception, et nous conte notre monde.

Je soupirai. Puis, sereine, je murmurai à moi-même une introspective litanie... comme pour m'encourager, me convaincre peut-être. Et je serrais de mes doigts métalliques ce masque de cuivre que j'avais emporté... Face-à-face... une porte vers l'ocre.
Mes pensées se focalisaient sur le Maître de la Coulée... Xiuhtecuhtli, l'Adepte Tellurien que certains considéraient probablement comme le Seigneur du Feu de ces terres tribales...

J'avais voulu me recueillir et trouver des réponses à mes questions... et me voilà en pleine décomposition, me raccrochant à cet artefact lié à la Forge comme suspendue au-dessus d'un crépitement malsain dépourvue de toute chaleur.

"Xiuhtecuhtli, je te vois", pensais-je en mon for intérieur.
Je ne souffrais pas de syndrome orbital. Et les reflets de La Firme ne pourraient me leurrer, les doigts griffus n'accrocheraient pas mon âme, pourtant elle n'était pas d'airain.... pas encore tout au moins, ou pas assez. Elle était insaisissable, et elle l'était d'ailleurs tout autant pour moi...
J'étais une Furie et une enfant de la Tribu des Vents, et je soufflais sur les braises... "Des prométhéens en sursis", était-ce là la réponse ? Le Feu pour le Savoir, pour sa Lumière...

Derrière ma visière j'observais fiévreuse le masque 37 entre mes mains... Pouvait-il seulement quelque chose pour moi ? Pouvait-il, à défaut d'éclairer mon existence, m'aider au moins à me tirer du pétrin dans lequel je m'étais fourrée ? Faire barrage contre cette agression morale et perverse ?
Rien n'était moins sûr, mais le courant sifflant sur les jointures de mon scaphandre me donna une impulsion soudaine... j'avais besoin de savoir. Anxieuse, j'ouvrai les yeux en grand.

"Ô Eecatl, Seigneur du Vent, inspire ma perception, inspire mon âme, et porte-moi dans ma douleur !"

D'un geste fébrile mais précautionneux, je fixai alors le masque sur mon heaume, et presque immédiatement, je me sentais bien plus réceptive à tout ce qui m'entourait... à l'environnement, à la Rouge, à tellement de nuances et de variations qui jusqu'à présent m'échappaient... Un instant, je crus même distinguer le souffle de l'air; un dégradé cramoisi passant subrepticement en écho par l'incarnat, et s'étiolant finalement vers l'isatis...
Merveilleux !

J'en avais presque oublié la Stèle. Et pour mon plus grand malheur, ce n'était pas réciproque.
Une forme humanoïde et brumeuse, au spectre carmin fumant d'outrageuses volutes pastelles, surgît brutalement juste devant moi ! Quelques centimètres à peine nous séparaient. Et c'était bien trop peu. Son visage décharné me scrutait tapi derrière un sourire carnassier, laissant transparaître les articulations navrées de sa mâchoire disloquée.

Son haleine oppressante de métal fondu exhalait un relent d'âcreté insoutenable, et achevait vorace l'ouvrage entamée tantôt, triturant non sans une certaine sauvagerie mon cerveau dans un étau d'aiguilles aussi intransigeantes que glaciales. J'avais beau me croire insaisissable, je me retrouvais sournoisement épinglée comme un vulgaire insecte. Le supplice eut instantanément raison de ma conscience qui se voila derrière l'unique issue de secours qu'elle aperçut.
M'affalant en décrépitude sur le corps sans vie d'Aristo, je perdis connaissance emportant avec moi l'image d'un regard froid et pénétrant... Deux billes de métal éthérées d'un bleu aux reflets aussi maléfiques que torturés, s'adressant à mon âme tourmentée dans un langage de douleur et d'effroi.


_____________________________ ... un peu plus tard ... _____________________________


Post de Voxterm : MMEMO Bunker lv8.4.    




Post de Voxterm : CAMDRONE CC DMZ  





Une Colossus CAMDRONE s'allume en DMZ

La DMZ TERUZENA est instable !
Des Rovers en cours de d’exploration sur la surface martienne sont frappés par des vagues cycliques d’une force physique non définissable dont l’épicentre est la Stèle.
De nombreux scaphandres de survie ont les filtres opacifiant qui tombent en panne.
Une pathologie peu commune affecte de nombreux Terraformers, la vision troublée, le souffle court, ils ont mal. La pupille des yeux se dilate et apparaît comme gravé dans l’iris un étrange triangle, sa proportion de base, sa hauteur équivaut Phi.
Ce symbole semble gravé et reste minuscule, pratiquement invisible à l’œil nu et disparaît avec le temps.
Utilisez la stase chirurgicale.

Le Contrôle Orbital déconseille tout déplacement sur la Zone indiquée.


Dernière édition par Arya le Jeu 27 Avr - 16:00, édité 1 fois
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